À force de devoir contourner les obstacles, le piéton finit par perdre sa place dans la rue.
Trottoirs dégradés, trous, détritus, poubelles, vendeurs à la sauvette et scooters en quête de raccourcis : les piétons doivent composer avec des obstacles qui compliquent leurs déplacements et les exposent souvent à des chutes. Marcher en ville suppose de pouvoir avancer sans devoir constamment regarder où poser les pieds, contourner un obstacle ou descendre sur la chaussée.
Pourtant, certains trottoirs imposent aux piétons une vigilance permanente. Trous, bosses, dalles cassées et revêtements irréguliers rendent les déplacements pénibles, tandis que les détritus abandonnés au sol compliquent encore le passage. À certains endroits, il faut slalomer entre les obstacles, au risque de perdre l’équilibre.
Des trottoirs difficiles à emprunter
Le danger ne se limite pas à l’inconfort. Une chaussée piétonne déformée, une bordure difficile à distinguer ou un déchet qui entrave le passage peuvent provoquer une chute ou une entorse. Il n’est pas rare de voir des passants trébucher en tentant d’éviter un obstacle ou de poser le pied sur une surface instable. Les conséquences peuvent être particulièrement sérieuses pour les personnes âgées, dont l’équilibre est parfois plus fragile, ou pour celles qui se déplacent avec difficulté.
« On ne peut pas toujours regarder devant soi, il faut aussi surveiller le sol. Dès qu’on rencontre un trou ou une dalle surélevée, on ralentit ou on cherche un autre passage », résume, Souhila, une habitante de la cité Kouba à Annaba, confrontée à ces difficultés. Elle nous apprend même qu’un jour, elle est tombée après avoir glissé sur un fruit pourri. Ce témoignage illustre une réalité simple : sur certains itinéraires, la marche demande une attention qui ne devrait pas être nécessaire pour un déplacement ordinaire.
À ces dégradations s’ajoutent les poubelles déposées sur les trottoirs et les déchets jetés à même le sol. Lorsqu’ils s’accumulent dans un passage étroit, ils obligent les piétons à se déporter, parfois directement sur la chaussée. Une difficulté supplémentaire pour les personnes qui accompagnent des enfants, utilisent une canne ou poussent une poussette.
Les scooters prennent leurs aises
La situation devient plus délicate encore lorsque des scooters empruntent les trottoirs pour contourner les embouteillages. Au lieu de patienter dans la circulation, certains conducteurs choisissent de passer par cet espace réservé aux piétons, transformant un lieu de passage en voie de circulation improvisée. Pour les marcheurs, la surprise peut être totale.
Il faut parfois s’arrêter brusquement, se rapprocher d’un mur ou descendre sur la chaussée pour laisser passer le deux-roues. Lorsque le trottoir est déjà encombré par des poubelles, des marchandises ou des véhicules stationnés, les possibilités de s’écarter deviennent limitées. « On marche déjà en faisant attention aux trous et aux objets qui traînent.
Si un scooter arrive derrière ou en face, on ne sait plus où se mettre », nous confie Ahmed qui emprunte tous les jours des rues très fréquentées. Les personnes âgées, les enfants et les personnes à mobilité réduite sont particulièrement exposés à ces situations. Ils ne peuvent pas toujours réagir rapidement ni effectuer un mouvement brusque pour éviter un véhicule.
Les embouteillages peuvent expliquer la tentation de certains conducteurs de chercher un raccourci, mais ils ne justifient pas l’utilisation des trottoirs au détriment de la sécurité des piétons.
Les vendeurs réduisent le passage
Dans les secteurs commerçants, les étals et les marchandises exposées sur les trottoirs, comme une annexe à leurs magasins, constituent un autre obstacle. Ces commerçants occupent parfois une partie importante de l’espace disponible, obligeant les passants à se faufiler entre les produits ou à changer de côté. Lorsque le revêtement est déjà dégradé, le déplacement devient encore plus compliqué.
La question ne se résume pas à opposer les vendeurs aux piétons. Pour certains, l’occupation de l’espace public constitue un moyen de gagner leur vie. Mais cette activité peut réduire considérablement la largeur du passage et contraindre les marcheurs à rejoindre la chaussée. Les poubelles, les étals et les autres obstacles finissent alors par se cumuler, laissant peu de place à ceux qui souhaitent simplement poursuivre leur chemin.
« Quand le passage est occupé, on est obligé de contourner les étals, puis de faire attention aux voitures. Ce sont quelques mètres de plus, mais ils peuvent devenir dangereux », explique un passant rencontré aux alentours du rond-point d’El hattab. Il déplore la difficulté d’utiliser un espace urbain sollicité par des usages différents. »Les vendeurs à la sauvette ont été délogés, continue t-il « mais les commerçants légaux les ont remplacés. Ils étalent leurs marchandises sur les trottoirs, les accrochent devant leurs portes, nous obligeant à marcher sur la chaussée. »
Les plus vulnérables en première ligne
Tous les piétons ne sont pas égaux face à ces obstacles. Pour une personne âgée, un trou dans le revêtement peut entraîner une chute. Pour un parent avec une poussette, les bordures trop hautes et les passages encombrés imposent des détours. Quant aux personnes en fauteuil roulant, elles peuvent se retrouver bloquées devant un trottoir dégradé ou entièrement occupé.
Les enfants sont également concernés. Pour contourner une poubelle, un étal ou un scooter, ils peuvent être contraints de s’approcher de la chaussée, parfois sans visibilité suffisante sur les véhicules. Dans ces conditions, un déplacement banal peut rapidement devenir une situation à risque.
L’accessibilité ne dépend donc pas uniquement de l’existence de trottoirs. Elle suppose aussi un revêtement praticable, un passage suffisamment large et l’absence d’obstacles qui contraignent les usagers à s’engager sur la route. Sans ces conditions, la marche reste difficile pour une partie de la population et dangereuse pour les plus fragiles.
Redonner sa place au piéton
Les difficultés rencontrées à Annaba et dans bon nombre de villes, renvoient à plusieurs problèmes qui se renforcent mutuellement : entretien insuffisant de certains trottoirs, dépôts de déchets, occupation commerciale et circulation de deux-roues dans les espaces piétonniers. Réparer les revêtements ne suffirait pas si les passages restaient encombrés.
De la même manière, libérer les trottoirs ne réglerait pas les risques liés aux trous, aux bosses et aux dalles instables. Il faudrait donc pouvoir circuler sur des cheminements continus, accessibles et protégés de la circulation motorisée. Cela suppose de mieux entretenir la voirie, de préserver les espaces réservés aux piétons et de limiter les occupations qui empêchent leur utilisation normale.
Marcher ne devrait pas obliger à surveiller simultanément le sol, les déchets, les étals et les scooters. Il ne s’agit plus seulement de trottoirs dégradés ou encombrés, mais d’une question de sécurité et de droit à la ville. Car lorsqu’il faut descendre sur la chaussée pour avancer, risquer une chute à cause d’un trou ou s’écarter précipitamment devant un deux-roues, le trottoir ne remplit plus sa mission. Une ville accessible se mesure aussi à la place qu’elle laisse à ceux qui la parcourent à pied.
Par : Aly D










