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      Massacres du 17 octobre 1961 : Une tragédie au pluriel des œuvres

      aly D by aly D
      18 octobre 2026
      in National
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      Écrivains, dramaturges et cinéastes ont contribué à faire connaître le massacre du 17 octobre 1961 et à inscrire ses victimes dans la mémoire collective.

      Les images, les récits et les témoignages ont constitué autant de moyens de faire connaître la répression sanglante de la manifestation des Algériens à Paris. Le cinéma s’est emparé très tôt de cette histoire, parfois au péril de ceux qui cherchaient à la documenter.

      Du témoignage à la fiction

      Quelques jours après les événements, le réalisateur Jacques Panijel entreprend de filmer les témoins et de recueillir leurs paroles. Tourné clandestinement, « Octobre à Paris » restitue la manifestation, la violence policière et les récits de ceux qui ont survécu, notamment de personnes jetées dans la Seine. Longtemps entravé par la censure, le documentaire ne connaît qu’une diffusion limitée, avant de revenir à l’écran à l’occasion du cinquantenaire du massacre, en 2011.

      Cette même année, Yasmina Adi réalise « Ici on noie les Algériens », un documentaire nourri d’archives et de témoignages qui revient sur les événements du 17 octobre et leurs conséquences. Le film donne notamment la parole à des proches des victimes, dont les souvenirs contribuent à restituer la dimension humaine d’une répression qui ne peut se réduire à une chronologie de faits.

      Les deux documentaires, réalisés à un demi-siècle d’intervalle, témoignent de la persistance d’une dont la transmission s’est appuyée sur le travail des témoins autant que sur celui des chercheurs.

      La fiction s’est également emparée de cette journée. Avec « Nuit noire, 17 octobre 1961 », téléfilm réalisé par Alain Tasma, la répression est racontée à travers plusieurs trajectoires individuelles, tandis que « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb, consacré plus largement à la guerre de libération, inscrit les violences subies par les Algériens dans un récit plus vaste de la domination coloniale et de la lutte pour l’indépendance.

      Ces œuvres ne poursuivent pas toutes le même objectif ni ne traitent le massacre avec la même place narrative. Leur diversité montre néanmoins que le 17 octobre 1961 a nourri des formes cinématographiques différentes, du document d’archives à la fiction historique.

      La Seine n’a pas englouti les mots

      La littérature a elle aussi contribué à faire émerger les histoires individuelles derrière le bilan collectif. Le roman policier « Meurtres pour mémoire », publié par Didier Daeninckx en 1984, relie une enquête criminelle au massacre du 17 octobre 1961 et à ses prolongements.

      Le recours à la fiction permet ici de faire apparaître les mécanismes de dissimulation et les effets durables de la violence politique, tout en donnant à l’événement une place centrale dans l’intrigue.

      D’autres écrivains ont privilégié la transmission familiale, les souvenirs fragmentaires ou la recherche d’une vérité restée difficile à atteindre. Dans « Le Sourire de Brahim », publié en 1985, Nacer Kettane évoque un enfant confronté à la mort de son frère lors de la manifestation.

      Avec « La Seine était rouge », paru en 1999, Leïla Sebbar fait du massacre un point de départ pour interroger ce qui se transmet, ou ne se transmet pas, d’une génération à l’autre. Le récit fait se croiser les regards et les époques, tandis que le retour sur les événements permet de questionner le silence qui entoure l’histoire familiale et collective. « Une nuit d’octobre », de Mehdi Lallaoui, s’inscrit également dans cette production romanesque consacrée à la répression et à ses traces.

      La poésie occupe une place particulière dans cet ensemble. Chez Kateb Yacine, l’histoire coloniale et la lutte du peuple algérien traversent largement l’œuvre. Son texte « La Gueule du loup, 17 octobre 1961 » évoque explicitement la violence infligée aux manifestants et les noyades dans la Seine.

      La profusion des publications ne se limite pas à ces titres. L’ouvrage collectif « 17 octobre 1961 : 17 écrivains se souviennent », paru en 2011, rassemble des textes d’auteurs et d’autrices autour de cet événement. Il témoigne de la diversité des voix qui ont choisi de revenir sur le massacre, de faire entendre les blessures des familles et de confronter les récits personnels à l’histoire collective.

      Les voix des disparus

      Sur les planches, le 17 octobre 1961 a donné lieu à des écritures et à des mises en scène qui abordent la répression. Les pièces ne se limitent pas à reconstituer les événements : elles interrogent aussi la manière dont cette histoire continue de peser sur les consciences et les relations entre générations. Parmi les œuvres consacrées à cette journée figure « Oumssia Fi Pariss », de Madjid Ben Cheikh, connue en français sous le titre « Une soirée à Paris », créée par le Théâtre régional d’Annaba en 2013 dans une mise en scène de Hacène Boubrioua.

      « La Pomme et le Couteau », d’Aziz Chouaki, en 2010, évoque notamment les disparus et la communauté algérienne de Nanterre. Plus récemment, « Nuit d’octobre », de Myriam Boudenia, créée en 2023, s’attache au destin de Fatima Bedar, adolescente de quinze ans disparue après avoir participé à la manifestation.

      D’autres textes prolongent ce travail de représentation « Lamento pour Paris », de Hamma Méliani, porte le sous-titre « Chroniques parisiennes sur le massacre des Algériens les 17 et 18 octobre 1961 » et a été publié en 2011. « C’était un 17 octobre… », de Marie-Christine Prati-Belmokhtar, publié chez Marsa en 2009, compte six actes. À ces titres s’ajoutent notamment « Nuit d’automne à Paris », de Gilles Granouillet, publié en 2002, et « Octobre 61, j’ai vu un chien », de Patrick Karl, publié en 2014.

      Des textes publiés aux créations portées sur scène, les formes et les approches se multiplient : certaines privilégient le témoignage, d’autres la mémoire familiale, le destin d’une victime ou la confrontation entre passé et présent. Le théâtre donne ainsi une présence physique à ceux que la répression a frappés, en faisant de la parole et du corps des moyens de rappeler ce qui s’est joué cette nuit-là.

      Transmettre au-delà des commémorations

      Du documentaire à la fiction, du roman au poème, de la scène aux adaptations musicales, le massacre du 17 octobre 1961 a suscité une production culturelle dont la diversité témoigne de la persistance de cette histoire. Les œuvres ne suivent pas les mêmes chemins mais leur apport ne tient pas seulement au nombre de titres consacrés à l’événement, elles maintiennent ouvertes les questions de la transmission, de la justice et de la place accordée aux victimes dans le récit collectif.

      Soixante-cinq ans après les faits, cette profusion de livres, de films et de pièces rappelle que le 17 octobre 1961 n’est pas seulement un événement à dater ou à commémorer. Il demeure une histoire humaine, portée par des voix multiples, que les générations successives continuent de chercher à comprendre et à transmettre.

      Par : Aly D

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