Derrière les objectifs affichés, c’est toute la capacité du secteur à créer de la valeur qui est en jeu.
Des projets hôteliers, des zones et sites touristiques classés, de nouvelles facilités d’entrée et des outils de promotion numérique : les leviers annoncés sont nombreux. Pourtant, l’Algérie n’a accueilli que 2,2 millions de visiteurs en 2025. Ce décalage pose une question centrale : au-delà des investissements, qu’est-ce qui manque encore pour faire de la destination Algérie un choix touristique concret ?
L’Algérie ne manque ni de paysages ni de patrimoine. Du Sahara au littoral méditerranéen, des sites archéologiques aux stations thermales, elle dispose d’une diversité susceptible de nourrir plusieurs formes de tourisme. Pourtant, dans l’édition 2026 de l’indice de développement du tourisme du Forum économique mondial (WEF), le pays se classe 89e sur 110 économies et neuvième en Afrique. Malgré un gain de cinq places par rapport à 2019, la fréquentation reste modeste au regard des ambitions affichées.
Le plan d’action 2026-2028 vise huit millions de touristes à l’horizon 2029. Mais cet objectif ne pourra être atteint par la seule multiplication des projets. La réalité est de comprendre comment les investissements annoncés peuvent se traduire en séjours réservés, en services accessibles et en retombées économiques.
Construire ne suffit pas
Les données du secteur font état de 294 projets hôteliers approuvés et en cours de réalisation dans les zones d’expansion touristique (ZET), dont 111 dans le cadre de la concession et 183 sur des terrains privés. À cela s’ajoutent 238 zones et sites touristiques classés dans les 50 wilayas. Les autorités prévoient aussi d’aménager dix nouvelles ZET à Biskra, Naâma, Djanet, El Oued, Khenchela, Skikda, Tizi Ouzou, Annaba, Mostaganem et Boumerdès. Plus de 10 milliards de dinars ont été affectés à cette opération, qui doit libérer 70 assiettes foncières pour de futurs équipements touristiques.
Ces chiffres mesurent l’ampleur des moyens engagés, mais ne renseignent pas, à eux seuls, sur l’attractivité réelle des destinations. Entre un projet approuvé et un établissement opérationnel, entre un hôtel ouvert et un séjour effectivement vendu, plusieurs étapes restent à franchir. Les transports, les déplacements entre les sites, la qualité des prestations et la diversité des activités proposées déterminent aussi la capacité d’une destination à retenir ses visiteurs.
Se rendre visible…
Rendre une destination visible ne signifie pas nécessairement la rendre accessible ou attractive. Pour transformer l’intérêt en réservation, les visiteurs doivent pouvoir organiser leur itinéraire, trouver un hébergement et disposer de prestations fiables. La commercialisation des circuits et la coordination entre les professionnels sont donc aussi importantes que la promotion elle-même. Le visa à l’arrivée constitue un autre levier. La mesure facilite certaines démarches, mais son bilan doit aussi être apprécié au regard de la capacité à développer une offre diversifiée et à convertir ces facilités en séjours plus nombreux.
… puis convaincre
Le tourisme ne devient un moteur économique que si les visiteurs dépensent sur place et font vivre un réseau d’activités : hébergement, restauration, transport, guidage et artisanat. Le tourisme intérieur peut contribuer à cette dynamique, à condition que les offres soient adaptées aux budgets et aux attentes des visiteurs nationaux. La formation et la qualité de l’accueil sont également déterminantes pour fidéliser la clientèle. Pour mesurer les progrès, le nombre d’arrivées ne suffit donc pas. La durée des séjours, les dépenses touristiques, les emplois créés et les revenus générés localement sont tout aussi importants.
L’investissement est donc moins de multiplier les annonces que de transformer progressivement le potentiel du pays en une offre lisible, accessible et capable de générer des retombées durables. La comparaison avec le Maroc et la Tunisie rappelle que le tourisme ne se construit pas en quelques années : ces deux pays ont développé leur savoir-faire, leurs réseaux de commercialisation et leurs capacités d’accueil au fil de plusieurs décennies. L’Algérie doit encore acquérir cette expérience à grande échelle et structurer les compétences qui l’accompagnent. Au-delà des investissements, c’est toute une industrie qu’il lui reste à consolider pour que la richesse de ses territoires se traduise enfin par une fréquentation à la hauteur de ses ambitions.
Par : Aly D









