Le débat à l’Assemblée populaire nationale (APN) sur la modification du Code pénal, notamment les dispositions relatives à l’activation de la peine de mort, a suscité des prises de position du Parti des travailleurs (PT) et du Front des forces socialistes (FFS). Les deux formations ont défendu une réponse ferme à la criminalité, tout en contestant le recours à la peine capitale.
Le PT privilégie la prévention
Intervenant lors des débats, Anis Arabi, représentant les députés du PT, a insisté sur la nécessité de renforcer la prévention et la protection de la population, notamment face aux incendies et aux actes criminels visant les personnes vulnérables. Il a relevé les insuffisances dans la capacité à contenir les incendies et à protéger les personnes menacées.
Le député a toutefois souligné que son parti était favorable au durcissement des sanctions contre les auteurs d’incendies criminels, ainsi qu’aux peines les plus sévères contre les responsables de l’enlèvement et de la torture d’enfants.
Pour le PT, la lutte contre la criminalité doit surtout permettre de protéger la société, de lutter contre l’impunité, de garantir un procès équitable et de s’attaquer aux causes du crime.
Le risque d’une erreur irréversible
Le représentant du PT a appelé à renforcer les moyens d’intervention en amont afin d’empêcher que les incendies ou autres menaces ne se transforment en tragédies.
Son argument concerne aussi le fonctionnement de la justice. Même impartiale et indépendante, celle-ci demeure une œuvre humaine, avec les risques d’erreur qui peuvent l’accompagner. Un témoignage peut être inexact, une expertise incomplète et de nouveaux éléments peuvent apparaître plusieurs années après une condamnation.
Pour le député, reconnaître cette possibilité ne remet pas en cause l’intégrité des magistrats, mais rappelle le caractère irréversible d’une condamnation à mort. Il a ainsi souligné « la possibilité de condamner une personne innocente, aussi infime soit-elle ».
Le FFS invoque une position historique
De son côté, le FFS a exprimé son opposition par la voix de son député Abdenour Derguini. Celui-ci a estimé que la modification du Code pénal touchait « à l’essence même de la politique pénale de l’État et à la philosophie de la peine, en particulier la peine de mort », considérée comme l’une des sanctions les plus graves pouvant être infligées à un être humain.
Le député a regretté que la session parlementaire soit ouverte par ce débat plutôt que par l’examen du règlement intérieur de l’APN. Il a plaidé pour un débat national large et responsable sur la peine capitale, loin de toute précipitation ou pression liée à l’émotion suscitée par certains crimes.
Le FFS estime que les auteurs des crimes les plus odieux doivent répondre de leurs actes, que la loi doit être appliquée avec rigueur et que les droits des victimes doivent être garantis.
Une opposition fondée sur le droit à la vie
Selon le FFS, les choix législatifs touchant au droit à la vie ne devraient pas être dictés par la colère, le choc ou une réaction circonstancielle. La responsabilité de l’État doit, estime le parti, dépasser l’émotion du moment afin de préserver le droit à la vie, la dignité humaine et les principes de justice.
Le parti présente cette orientation comme une position ancienne et constante. Abdenour Derguini a rappelé la proposition formulée en 1963 par la moudjahida Zohra Drif Bitat devant l’Assemblée constituante, visant à amender la Constitution pour abolir la peine de mort.
Il a également évoqué les condamnations à mort prononcées dans l’histoire de l’Algérie contre des figures de la Révolution et de l’État, notamment le colonel Mohamed Chaabani et le moudjahid Hocine Aït Ahmed. Le député a déclaré : « L’histoire de notre pays nous rappelle la gravité de la peine irréversible, car des condamnations à mort ont été prononcées contre des figures de l’histoire de la révolution et de l’État algérien, notamment le colonel Mohamed Chaabani et le moudjahid Hocine Aït Ahmed. »
Poursuivant son intervention, il a ajouté : « Nous affirmons très clairement que la position des députés du Front des forces socialistes sur la peine de mort est ferme et sans équivoque. Nous sommes contre le rétablissement de la peine de mort et contre toute législation ou mesure qui permettrait sa réintroduction en Algérie. »
Le FFS précise enfin que le refus de cette sanction ne signifie ni indulgence envers les criminels ni absence de peines sévères pour les personnes reconnues coupables.
Par : S.A.B.







