Un appel est lancé aux femmes souhaitant participer à la recherche, à la vérification et à la documentation des cas.
Alors que le collectif « Féminicides Algérie » recense et documente depuis 2018 les féminicides commis dans le pays, une nouvelle initiative, baptisée « Femicide Algeria », vient de voir le jour avec le même objectif de veille et de documentation. Portée par la militante Lina Farah Cheboub, fondatrice de « Tomorrow is a Better Day » (TBD Algeria), l’initiative entend constituer une base de données fondée sur une méthodologie précise, tout en développant un réseau de bénévoles dans différentes wilayas. Un appel est ainsi lancé aux femmes souhaitant participer à la recherche, à la vérification et à la documentation des cas.
Dans un appel sur ses réseaux sociaux, l’initiative précise que sa démarche s’inscrit dans la continuité du travail déjà mené par des militantes, des chercheuses et des groupes féministes. Elle souligne qu’il ne s’agit ni de remplacer les initiatives existantes ni de minimiser leur importance, mais de contribuer à un travail collectif plus durable, en mutualisant les compétences et les ressources et en répartissant les tâches de veille et de suivi.
Cette précision prend une importance particulière dans le contexte algérien, où « Féminicides Algérie » constitue l’une des premières initiatives à avoir entrepris, depuis 2018, le recensement et le suivi de ces crimes. Le lancement de ce nouveau dispositif ajoute donc un acteur à un travail de documentation déjà engagé, avec la volonté affichée de renforcer les capacités de veille plutôt que de se substituer à l’existant.
Le recensement cherche ses relais
Pour élargir son réseau de veille, le collectif recherche des bénévoles dans différentes wilayas. Il s’adresse notamment aux femmes ayant une expérience ou un intérêt pour le journalisme et les médias, le droit, la psychologie, la recherche, le travail social, le militantisme féministe, ainsi que la documentation et la vérification des informations.
Les bénévoles retenues bénéficieront d’une formation avant de commencer leur travail. Elles seront notamment amenées à rechercher les informations disponibles sur les cas signalés, à les recouper et à contribuer à leur documentation selon le protocole défini par l’initiative. Le dispositif repose ainsi sur un principe de répartition du travail, chaque bénévole pouvant contribuer à la veille dans sa propre région et participer à la remontée d’informations.
L’objectif est de répartir entre plusieurs personnes une tâche qui peut être particulièrement longue. La vérification d’un cas peut nécessiter de croiser différentes sources et de suivre une affaire pendant plusieurs jours avant de disposer d’éléments suffisants pour la documenter. La constitution d’un réseau présent dans plusieurs wilayas doit également permettre de limiter la dépendance à l’égard d’une seule personne ou d’un petit groupe pour assurer cette veille.
La page prévoit également de mettre à disposition des informations et des ressources sur les violences faites aux femmes et aux filles, ainsi que des contenus consacrés aux moyens de demander de l’aide et à la prévention des violences.
Un réseau à construire sur le terrain
À l’origine de l’initiative, Lina Farah Cheboub, fondatrice de Tomorrow is a Better Day (TBD Algeria), explique avoir elle-même tenté, au cours de l’année, de suivre les affaires de femmes tuées en Algérie et de vérifier les signalements qui lui parvenaient. Elle décrit un travail particulièrement exigeant, pouvant nécessiter une à deux semaines pour vérifier un seul cas avant de pouvoir le documenter.
C’est notamment ce constat qui l’a conduite à envisager la constitution d’un groupe plus large de femmes travaillant collectivement. L’idée est de partager la charge de la veille et de permettre au travail de se poursuivre lorsqu’une personne ou un groupe n’est plus en mesure de l’assurer. Dans sa déclaration, elle insiste sur la difficulté de recevoir des informations concernant une femme tuée sans disposer du temps ou des moyens nécessaires pour vérifier les faits et les documenter.
Cette logique de coopération pourrait également s’étendre aux échanges avec d’autres acteurs de la société civile et, à terme, avec les institutions concernées, notamment le ministère de la Solidarité nationale, de la Famille et de la Condition de la femme, les services de police et la Gendarmerie nationale. Pour l’initiative, ces échanges pourraient faciliter l’accès aux informations, leur vérification et une documentation plus régulière des cas.
L’appel au bénévolat apparaît ainsi comme l’un des premiers leviers du projet : au-delà de la création d’une nouvelle base de données, il s’agit de constituer, dans plusieurs wilayas, un réseau de femmes capables d’assurer une veille régulière et de partager le travail de documentation des féminicides.
Par : Aly D





