Certains romans ne se contentent pas de raconter des destins : ils tentent de comprendre les fractures d’une époque.
Porté par une construction ample, où les voix se croisent et où les temporalités s’entremêlent, le récit compose une fresque humaine traversée par les guerres, les croyances, les trahisons et surtout par une question essentielle : que reste-t-il de l’amour lorsque tout semble vouloir le détruire ?
Ici l’auteur donne à visiter une galerie de personnages emportés par les grands bouleversements du temps présent. Une femme et un homme condamnés pour avoir voulu s’aimer librement. Une mère qui refuse de renoncer à ses enfants disparus. Des êtres pris au piège de la guerre, de l’exil ou des idéologies meurtrières. Chaque parcours devient alors le reflet d’une blessure plus large.
Derrière tous ces conflits et ces violences collectives, le roman s’attache aux émotions silencieuses : le manque, l’attente, la culpabilité, le désir de retrouver un visage aimé.
Loin d’une vision manichéenne, le récit explore les zones grises de l’humain, là où les certitudes s’effondrent. Au cœur de cette fresque se tient une figure singulière : Tammouz. Être mystérieux venu des temps anciens, il traverse les siècles avec le regard d’un témoin éternel. Condamné à durer, il porte pourtant une blessure profondément humaine : celle d’avoir connu l’amour et de l’avoir perdu.
Son histoire avec Innana, née dans un autre âge, devient une quête qui dépasse les frontières du temps. À travers ce personnage, le roman mêle le mythe au présent et rappelle que les grandes questions humaines demeurent intactes : aimer, perdre, attendre, espérer… Avec Tammouz apparaît aussi une autre tonalité, plus légère et ironique.
Son regard décalé sur les hommes révèle parfois l’absurdité des violences qu’ils s’infligent tout en apportant au récit des éclats d’humour au milieu de la gravité.
La richesse de l’œuvre réside dans cet équilibre fragile entre le réel et l’imaginaire. L’histoire traverse les drames contemporains tout en ouvrant une réflexion plus large sur les souvenirs, leur transmission et le pouvoir des récits.
L’écriture sait se faire dure lorsqu’elle dénonce, mais elle est aussi profondément sensible lorsqu’elle accompagne les êtres broyés par l’Histoire. Les références littéraires et mythologiques nourrissent alors un univers où le tragique côtoie parfois le merveilleux.
Dans ce monde en désordre, « L’amour au temps des scélérats » rappelle que l’humanité survit souvent dans les endroits les plus inattendus : un souvenir, une voix, un geste, ou simplement l’espoir de retrouver quelqu’un.
Par : Sana A.K








