Revenant sur les événements de Ceuta et le soutien de l’axe Washington-Tel-Aviv à Rabat, l’ex-ambassadeur d’Algérie pointe une instrumentalisation cynique des migrants. Face aux menaces à la frontière ouest, il appelle à une politique de défense nationale rigoureuse.
L’ancien diplomate et ex-ambassadeur d’Algérie à Madrid, Abdelaziz Rahabi, a livré, hier au site TSA, une analyse incisive des enjeux sécuritaires et diplomatiques entourant la crise migratoire à Ceuta, dénonçant l’utilisation par le Maroc des flux humains comme levier de pression et outil de « guerre hybride ». Selon l’ancien ministre, la fuite massive de dizaines de milliers de Marocains vers l’enclave espagnole ne relève ni d’un mouvement spontané ni d’une dynamique autonome.
Établissant un parallèle avec les événements de mai 2021, M. Rahabi a qualifié cet épisode de « cas d’école dans l’usage des flux humains dans le jeu diplomatique ». Il souligne que cette recrudescence des pressions migratoires intervient dans un contexte de tensions politiques, alimenté notamment par une récente proposition de loi espagnole prévoyant l’octroi de la nationalité aux Sahraouis nés sous l’ère coloniale.
S’exprimant sur l’impact direct de cette crise sur l’Algérie, le diplomate a alerté sur l’évolution de la nature des risques migratoires à la frontière ouest. Les mouvements de populations dépassent le cadre strictement humanitaire pour s’inscrire dans le panel des outils de la « guerre hybride ». Face à ce qu’il qualifie de « géopolitique du chaos », M. Rahabi fait part de sa préoccupation devant la multiplication des acteurs étatiques et non étatiques aux frontières de la région (Maroc, Mali, Libye). Il appelle à une politique de défense nationale strictement dictée par la géographie et la vaste masse territoriale de l’Algérie.
Recomposition géopolitique régionale
Il a réaffirmé, par ailleurs, la nécessité pour l’Algérie de ne pas se transformer en « SAS de contention » pour l’Europe, rappelant que les migrants clandestins algériens ne représentent pas plus de 3 % du total des cas recensés sur le continent européen. Analysant l’indulgence des capitales européennes vis-à-vis de Rabat, l’ancien ambassadeur l’explique par un remaniement profond des équilibres stratégiques majeurs, marqué par le soutien inconditionnel des États-Unis et d’Israël au Maroc.
L’axe Washington-Tel-Aviv ambitionne d’ériger le royaume marocain en base de projection militaire vers le Sahel et l’Afrique de l’Ouest, en alternative à l’Europe du Sud, a-t-il expliqué. Dans ce schéma, l’Espagne se retrouve isolée et pénalisée par son attachement historique à sa politique méditerranéenne et à la cause palestinienne, prises en tenaille entre les contraintes de l’OTAN et le glissement politique des démocraties européennes vers la droite.
Par : Akram Ouadah












