Certaines élites politiques françaises cherchent à orienter leur gouvernement vers un accompagnement du récent rapprochement entre l’Algérie et les autorités maliennes. L’objectif affiché est de préserver les intérêts de Paris au Sahel et, plus largement, en Afrique francophone, après les revers enregistrés ces dernières années avec l’érosion progressive de son influence dans plusieurs de ses anciennes colonies.
Cette orientation apparaît dans une question parlementaire adressée au ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, par Sophia Chikirou, députée de premier plan du parti La France insoumise (LFI). Cette initiative intervient après l’échec des opérations Serval (2013-2014) et Barkhane (2014-2022) à stabiliser durablement le Mali, ainsi que dans un contexte marqué par les critiques sur la responsabilité de la France dans la dégradation de la situation politique, sécuritaire et militaire au Sahel depuis 2013.
Une remise en cause de la stratégie française au Sah
Parmi les interrogations formulées par cette députée figurent notamment les suivantes : « Quelle est l’évaluation, par le gouvernement français, du rôle que l’Algérie pourrait jouer dans la recherche d’une solution politique à la crise malienne ? Quelle est la nature des contacts que la France entretient avec l’Algérie à ce sujet ? Envisage-t-elle de soutenir, directement ou indirectement, une médiation régionale susceptible de rouvrir l’horizon politique d’un règlement de la crise malienne ? »
Cette initiative soulève plusieurs interrogations quant à la place désormais accordée à l’Algérie dans les réflexions françaises relatives au Mali, pays avec lequel Paris entretient des relations particulièrement tendues depuis plusieurs années.
Cette question parlementaire peut être interprétée à plusieurs niveaux, tout en rappelant qu’elle traduit la position d’une députée et non celle de l’État français. Selon une source proche du dossier, aucun contact officiel n’a d’ailleurs été annoncé publiquement entre Paris et Alger sur cette question.
D’après cette même source, cette démarche constitue avant tout une critique de la stratégie française au Sahel, en raison des limites politiques et militaires des opérations Serval et Barkhane, engagées à partir de 2013, et dont les résultats n’ont pas permis d’enrayer la dégradation de la situation sécuritaire au Mali.
L’Algérie, un acteur désormais incontournable
Le deuxième enseignement réside dans l’appel à une évolution de la doctrine française dans cette région. Plutôt qu’une approche essentiellement militaire, la parlementaire semble privilégier une stratégie fondée sur le dialogue, la médiation régionale et la recherche d’un règlement politique durable de la crise.
Cette initiative met également en avant le rôle central de l’Algérie, qui partage une longue frontière avec le Mali et dispose d’une solide expérience dans la médiation régionale, notamment à travers l’Accord de paix et de réconciliation signé à Alger en 2015 entre les autorités maliennes et les mouvements du nord, sous l’égide des Nations unies.
Selon une autre lecture avancée par la même source, « l’Algérie exerce aujourd’hui une influence politique et sécuritaire au Mali et dans son environnement régional que la France ne peut ignorer ». Dès lors, toute perspective de règlement durable passerait inévitablement par une implication d’Alger.
Vers une coopération politique avec Alger ?
Dans le même esprit, la question parlementaire viserait également à encourager le gouvernement français à soutenir une éventuelle médiation régionale conduite par l’Algérie, en s’appuyant sur son expérience dans la résolution des crises sahéliennes et sur sa défense constante d’une solution politique, plutôt que d’une réponse exclusivement militaire.
Si cette initiative « ne reflète pas officiellement » la position de l’exécutif français, selon la même source, elle révèle néanmoins l’existence d’un courant politique de plus en plus audible en France, convaincu que l’Algérie constitue désormais un partenaire incontournable pour toute tentative de règlement de la crise malienne et, plus largement, pour la préservation des intérêts français dans cette région stratégique du Sahel.
Par : S.A.B.












