La lutte contre les feux de forêt ne repose plus uniquement sur les équipes de la Protection civile. Elle s’inscrit désormais dans un dispositif global mobilisant les citoyens, les volontaires et plusieurs institutions, où la prévention, la vigilance et le signalement précoce jouent un rôle déterminant. C’est ce qu’a affirmé le colonel Farouk Achour, inspecteur à la Direction générale de la Protection civile, en dévoilant les principaux mécanismes mis en œuvre pour faire face aux incendies qui touchent le pays.
Invité de « Al-Khabar TV », le responsable a expliqué que les citoyens sont désormais un maillon essentiel de la chaîne de prévention. Il a toutefois insisté sur la nécessité d’encadrer cette mobilisation par des formations adaptées, afin d’éviter que les personnes venues prêter main-forte ne s’exposent à des risques faute d’expérience ou d’équipements appropriés.
La protection des vies humaines, la priorité
Dressant un état des lieux de la situation depuis la diffusion des premiers bulletins météorologiques spéciaux, le 8 juillet, le colonel Achour a indiqué que les services de la Protection civile ont enregistré 1437 incendies à travers le pays, dont 465 feux de forêt répartis sur 35 wilayas et 972 incendies ayant touché des cultures agricoles et des vergers dans 47 wilayas.
Il a précisé que 19 incendies étaient encore recensés dans les wilayas de Skikda, Guelma, Bouira, Mascara et Médéa, mais qu’ils avaient pu être maîtrisés grâce aux interventions rapides des équipes sur le terrain, malgré des conditions particulièrement difficiles, marquées par des vents violents, des températures élevées et un relief accidenté.
Selon lui, les incendies de forêt sont devenus plus complexes sous l’effet du changement climatique, un phénomène qui touche désormais l’ensemble du bassin méditerranéen. La présence d’habitations au cœur ou à proximité des massifs forestiers impose ainsi une priorité absolue : protéger les vies humaines et les biens avant d’engager les opérations d’extinction.
Le responsable a également cité les wilayas de Mila, Béjaïa, Guelma, Tizi Ouzou, Bouira, Sidi Bel Abbès, Mascara et Saïda parmi les régions les plus touchées, où la multiplication des départs de feu a nécessité le déclenchement de plans d’intervention spécifiques.
Conditions climatiques exceptionnelles
Évoquant la campagne en cours, le colonel Achour a expliqué qu’elle se distingue nettement de celle de l’année dernière. Les abondantes précipitations enregistrées au printemps ont favorisé une végétation dense qui, sous l’effet des fortes chaleurs, s’est transformée en un important combustible naturel. À cela s’ajoutent les vagues de chaleur successives et les fortes variations climatiques, qui accentuent considérablement les risques d’incendie.
Il a également relevé un contraste climatique inédit, les équipes combattant simultanément les incendies dans le nord du pays alors que plusieurs régions du Sud faisaient face à d’importantes pluies orageuses.
Le responsable a indiqué que la stratégie de la Direction générale de la Protection civile est réévaluée chaque année sur la base du bilan de la campagne précédente. Elle repose sur le renforcement des effectifs, l’amélioration de la formation et la modernisation continue des moyens matériels et technologiques.
Des moyens renforcés et des technologies de pointe
Le dispositif mobilise quotidiennement près de 19 000 agents, répartis au sein de 505 unités d’intervention, appuyées par des unités mobiles, des détachements régionaux et le Groupe aérien renforcé par des avions spécialisés. Il a salué, à cette occasion, la contribution de l’Armée nationale populaire, de la Direction générale des forêts et des collectivités locales, soulignant que la lutte contre les incendies nécessite une coordination permanente entre l’ensemble des intervenants.
Le colonel Achour a précisé que le plan national de lutte contre les feux de forêt repose sur trois axes principaux : la sensibilisation, la coordination entre les différents services et l’intervention opérationnelle. Il a appelé les habitants des zones forestières à débroussailler les abords de leurs habitations, à connaître les procédures d’évacuation et à signaler immédiatement tout départ de feu.
Selon lui, les premières minutes sont décisives, car un signalement rapide permet aux secours de limiter la propagation des flammes et de faciliter les opérations d’intervention.
Le responsable a également révélé le recours à des technologies modernes, notamment des drones, des cartes quotidiennes d’évaluation des risques élaborées à partir des données météorologiques ainsi que des outils d’intelligence artificielle destinés à identifier les zones les plus exposées et à orienter les moyens d’intervention de manière préventive.
Il a rappelé que le Centre national de coordination opérationnelle assure une surveillance permanente des interventions 24 heures sur 24, en mobilisant progressivement les unités les plus proches, puis les renforts régionaux et, si nécessaire, les moyens aériens.
Concernant le bilan humain, le responsable a indiqué que six citoyens ont perdu la vie, dont deux à Guelma et deux à Sétif, tandis que plusieurs agents de la Protection civile ont été blessés ou brûlés au cours des opérations, malgré les dispositifs de sécurité mis en place.
Le colonel Achour a rendu hommage aux sacrifices consentis par les agents de la Protection civile, rappelant que plus de 40 % des interventions annuelles sont concentrées entre juin et août. Il a souligné que les personnels renoncent souvent à leurs congés pour assurer la protection des citoyens et bénéficient, après les interventions les plus éprouvantes, d’un accompagnement psychologique.
Par : S.A.B












