Au-delà de l’effet d’annonce, cette mesure soulève des enjeux budgétaires, économiques et même comportementaux, estime ME.
L’Algérie tente une nouvelle opération de captation des liquidités circulant hors du circuit bancaire avec la mise en place d’une régularisation fiscale volontaire à 8 % jusqu’au 31 décembre 2026, selon Maghreb Emergent (ME). Le site en ligne évoque un document officiel qui circule depuis quelques jours dans les cabinets comptables d’Alger et d’Oran. Il s’agit d’une instruction de la Direction générale des impôts datée du 5 avril 2026 précisant les modalités d’application de l’article 93 de la loi de finances 2026, qui ouvre jusqu’au 31 décembre une fenêtre de régularisation fiscale volontaire.
Au-delà de l’effet d’annonce, cette mesure soulève des enjeux budgétaires, économiques et même comportementaux, estime ME. Rappelons que l’économie informelle en Algérie est estimée à près d’un tiers du PIB, soit plus de 9 000 milliards de dinars. Théoriquement, si seulement 10 % de ces flux étaient régularisés, l’État pourrait espérer récupérer environ 72 milliards de dinars (8 % de 900 milliards). Mais ce scénario reste optimiste. Les expériences passées montrent que le taux d’adhésion à ce type de dispositif dépasse rarement 5 à 10 % des montants informels. Notons que cette amnistie intervient dans un contexte de pression budgétaire : dépendance persistante aux revenus des hydrocarbures, volatilité des prix du pétrole (notamment le Brent), besoins croissants en financement public. L’objectif est donc double : générer des recettes immédiates et élargir durablement l’assiette fiscale.
Le taux de 8 % est volontairement faible pour inciter à la régularisation. Mais, selon ME, ce choix pose une question d’équité : les contribuables réguliers peuvent percevoir cette mesure comme une « prime à la fraude ». Or, ce type de dispositif peut ainsi fragiliser la confiance dans le système fiscal à moyen terme.
L’« effet d’attente »
L’efficacité réelle dépendra de plusieurs facteurs ; à savoir la confiance dans l’administration fiscale, des garanties contre les poursuites futures ainsi que la capacité du système bancaire à absorber ces flux. Sans réforme profonde (digitalisation, traçabilité des transactions, lutte contre le cash), une partie importante de l’informel pourrait rester en marge, avertit Maghreb Emergent.
Ainsi, un des objectifs implicites est de réinjecter les liquidités dans le système bancaire. Cela pourrait notamment renforcer les dépôts bancaires, améliorer le financement de l’économie et réduire la circulation du cash. Il convient de préciser que ce n’est pas la première opération de régularisation en Algérie. Les précédentes initiatives ont eu un succès mitigé, souvent en raison d’un manque de crédibilité, de la crainte de contrôles ultérieurs et d’un cadre réglementaire jugé instable. Le risque est donc de créer un « effet d’attente », où les acteurs informels anticipent de futures amnisties encore plus avantageuses. Cette régularisation à 8 % constitue toutefois un test grandeur nature. Son succès permettra un élargissement de l’assiette fiscale et amélioration des recettes hors hydrocarbures. Alors que son échec risquerait de maintenir une économie duale et une perte de crédibilité fiscale. Dans tous les cas, elle révèle une réalité structurelle : l’État cherche à formaliser une économie largement dominée par le cash, sans pour autant disposer encore de tous les leviers coercitifs et incitatifs nécessaires.
Par : Akram Ouadah












