L’été 2025 a révélé une effervescence touristique inédite : des plages aux montagnes en passant par les hauts plateaux, les Algériens ont multiplié les excursions redécouvrant la richesse du pays.
En ce mois de septembre, les circuits touristiques à travers l’Algérie battent leur plein et se prolongeront jusqu’à la fin du mois. Depuis deux saisons, un engouement inédit s’est installé pour le tourisme intérieur, dopé par les images et vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision. Pour les agences de voyage, une nouvelle dynamique s’est imposée. En s’appuyant sur des formules accessibles et une meilleure coordination avec les hôtels et les transporteurs, elles ont su attirer une clientèle nombreuse. Aujourd’hui, il est possible de voyager de ville en ville à des tarifs ne dépassant pas les 20 000 DA pour un circuit de cinq jours, incluant hébergement et plusieurs étapes. Ces offres séduisent de plus en plus de familles, de groupes et même de voyageurs en solo. Qu’il s’agisse d’un trajet d’Annaba vers Oran ou d’Oran vers Constantine, la sécurité demeure la priorité, un aspect que les agences ont su organiser avec une rigueur qui fait l’unanimité parmi la clientèle.
D’El Kala à Ghazaouet, un pays redécouvert
Les parcours s’étendent d’est en ouest, d’El Kala à Ghazaouet, en passant par des destinations variées comme Boumerdès, Tipaza, Cherchell ou Tizi Ouzou. Cet engouement touche également l’intérieur du pays, où Relizane, Chlef, Sétif, Bordj Bou Arréridj et bien d’autres villes qui voient affluer des visiteurs attirés par la richesse de leur patrimoine et la singularité de leurs paysages.
Mais c’est Alger qui s’impose comme une destination phare des circuits estivaux. Les agences intègrent de plus en plus la capitale dans leurs programmes, profitant des nouveaux aménagements du front de mer et de la mise en valeur de la Casbah. Les excursions comprennent généralement une promenade sur la baie, des arrêts dans les musées, ou encore la découverte de la Grande Mosquée d’Alger, devenue une étape incontournable. Ces formules séduisent aussi bien les voyageurs venus de l’intérieur du pays que ceux qui font halte avant de rejoindre d’autres régions.
Pour répondre à cette demande croissante, de nombreux hôtels de moyenne gamme ont lancé des offres promotionnelles pouvant atteindre 50 % de réduction, petit-déjeuner inclus. Ces initiatives ont permis de relancer les revenus du secteur et d’encourager l’ouverture de nouvelles lignes par les agences. La Tunisie, longtemps considérée comme un passage obligé, cède peu à peu du terrain face aux destinations locales qui séduisent par leur proximité et leur authenticité.
Patrimoine, mémoire et nouveaux arrêts
Les circuits s’enrichissent également d’une cartographie patrimoniale. À Oran, les autocars s’arrêtent à Santa Cruz ou devant le mythique Disco Maghreb. À Tlemcen, cap sur Lalla Setti, la citadelle des Zianides ou les grottes. À Annaba, l’incontournable téléphérique menant aux montagnes de Séraïdi figure désormais dans le programme.
Les voyages s’effectuent souvent de nuit afin d’éviter les embouteillages et permettre aux touristes de se reposer. Les bus restent disponibles tout au long du séjour, facilitant la découverte des monuments emblématiques.
La demande citoyenne, amplifiée par les réseaux sociaux, élargit aussi la palette des sites visités. À Constantine, les voyageurs souhaitent désormais découvrir, en plus de la mosquée de l’Émir Abdelkader, la maison natale de Ben Badis, ainsi que des lieux liés à l’histoire. À Oran, le quartier Gambetta attire les visiteurs par sa popularité, tandis que Disco Maghreb retrouve une notoriété inattendue grâce aux clips de DJ Snake.
Longtemps cantonnée aux sorties scolaires et universitaire, l’offre touristique a considérablement évolué. De nouveaux sites, jadis oubliés, émergent : la citadelle de Tlemcen, les grottes de Ziama Mansouriah à Jijel, Yema Gouraya, les rivières, les forêts, et même le barrage de Béni Haroun, désormais prisé toute l’année.
Saveurs et traditions au menu
L’expérience culinaire fait partie intégrante de ces circuits. À Oran, impossible de passer sans savourer la « karantika » dans un restaurant populaire. À Tlemcen, la maâkouda, ou les escargots constituent un passage obligé. Sur les Hauts-Plateaux les touristes s’empressent de déguster les brochettes d’agneau accompagnées de h’miss maison et de Selecto bien frais. À Constantine, les spécialités locales comme le « hommos double zit », les têtes de moutons grillées au feu de bois ou encore la fameuse jawziya font partie des incontournables.
Ce goût pour les saveurs régionales se transforme en véritable vecteur de promotion : chaque voyageur repart chargé de spécialités. L’Oranais revient d’Annaba avec des douceurs de l’Est, le Sétifien ramène de Tlemcen ses pâtisseries locales. Même les membres de la diaspora, lors de leurs séjours estivaux, participent à cette redécouverte gourmande et culturelle.
L’artisanat grand gagnant des vacances
Au-delà de la gastronomie, ces voyages profitent aussi à l’artisanat régional. Les touristes tiennent à rapporter un souvenir de leurs séjours : poteries, tapis, bijoux traditionnels ou objets décoratifs font partie des achats les plus prisés. Chaque halte devient l’occasion de découvrir un artisan, d’échanger sur les savoir-faire locaux et de contribuer directement à l’économie des régions visitées. Cette demande croissante redonne vie à des métiers parfois menacés et incite de jeunes créateurs à se lancer dans l’artisanat ou le petits objets facile à offrir. Ainsi, le tourisme intérieur devient non seulement une vitrine culturelle mais aussi un soutien concret aux productions artisanales locales.
Excursions express et week-ends nature
À côté des grands circuits, les excursions d’une journée ou d’un week-end connaissent elles aussi un véritable succès. De nombreuses agences organisent des départs réguliers vers des plages peu fréquentées, voire sauvages de la côte, les sites naturels ou encore les hammams réputés pour leurs eaux thermales. Ces sorties, proposées à des prix modestes qui varient entre 600 et 2000 dinars selon la destination, rassemblent aussi bien des familles que des groupes de jeunes. À travers ces excursions, beaucoup ont même découvert le plaisir de faire du bateau. Certaines plages ou criques n’étant accessibles que par mer, le transfert en barque fait partie du programme sans augmentation de prix.
Les réseaux sociaux jouent ici un rôle central : chaque excursion est largement relayée en photos et vidéos, créant un effet d’entraînement. Qu’il s’agisse d’une journée détente sur une plage de Jijel, d’une randonnée vers une cascade de Béjaïa, ou d’un bain thermal dans un hammam naturel de l’Est, les publications en ligne contribuent à populariser ces destinations. Les voyageurs, séduits par ces images, s’empressent de s’inscrire aux prochaines sorties, alimentant une dynamique circulaire où la communication numérique devient un moteur du tourisme de proximité.
Grâce aux images partagées sur les réseaux sociaux, l’Algérie se dévoile sous un nouveau jour. Les habitants redécouvrent la richesse de leur territoire et ses traditions régionales avant de s’ouvrir à l’étranger. C’est une véritable prise de conscience : le pays est une mosaïque culturelle et naturelle, vaste et diversifiée, presque un continent à lui seul.
Par : Aly D











