Exploitation du gisement de Gara-Djebilet : « Un projet rentable pour l’Algérie »

Par : PRP A. Ighil   

Le 30 juillet dernier, l’Algérie a lancé le très attendu projet de l’exploitation du gisement de fer de Gara Djebilet. L’exploitation de la mine, l’une des plus importantes au monde avec des réserves de plus de 3,5 milliards de tonnes de fer. Pour certains détracteurs, ce gisement pose le problème de la viabilité du projet en raison de la présence du phosphore dans le minerai de fer. Smain Kouadria, ancien cadre de la sidérurgie a bien voulu nous donner plus de détails sur le projet et sur sa rentabilité. L’ancien ingénieur des hauts fourneaux et ex-SG du Syndicat du complexe El Hadjar a abordé, lors de cette interview, tous les aspects de cette exploitation et de son impact direct et indirect sur l’économie algérienne et surtout sur Sider El Hadjar.

Le méga projet de Gara Djebilet a été finalement relancé. Quel est, selon vous, sa valeur ajoutée sur l’économie nationale et les coûts de son exploitation ?

De nombreuses études réalisées à ce jour permettent d’affirmer que le minerai de Gara Djebilet peut être valorisé par la filière « Réduction au gaz naturel », en choisissant les techniques optimales avec l’objectif d’obtenir un prix de pellets (fer enrichi et transformé en boulettes) suffisamment compétitif par rapport à l’importation. L’opération de déphosphoration au niveau des fours électriques engendre un surcoût de 15 à 20 dollars par tonne. Il y a de cela deux ans, le prix de la tonne du minerai de fer, sur les marchés internationaux, tournait autour des 80 dollars. L’exploitation du gisement de Gara Djebilet n’était pas rentable pour l’Algérie. Mais aujourd’hui, la donne a changé. La tonne métrique sèche était en mars et en avril 2022 à plus de 151 dollars avant de chuter à 131 dollars en juin. Avec ces prix, et même en prenant en considération le surcoût lié à la déphosphatisation du minerai, le projet reste très rentable pour l’Algérie.

La valorisation du minerai de Gara Djebilet passe par sa transformation en pellets et en pré-réduit (réduction direct-DRI) car la filière classique Haut Fourneau est économiquement moins viable que la filière Réduction directe en termes d’investissements, deux fois plus cher à la tonne, de capacité annuelleinstallée, mais aussi la nécessité d’importation du coke apparaît à 3 milliards de dollars pour produire 12 millions de tonnes d’acier par an. Mais également l’effet pollution, l’émission du CO2 par la filière Réduction directe est inférieure de 60 % à celle de la filière classique Haut Fourneau, selon les études de valorisation et le développement de Gara Djebilet (réalisées par des experts pour le compte du gouvernement algérien). Quant au montant total des investissements nécessaires pour le développement du gisement de Gara Djebilet pour l’extraction et le traitement de 20 millions de minerai et la production de 16 millions de tonnes de pellets, il est de l’ordre de 8,5 milliards de dollars US dont 2 milliards pour les installations d’enrichissement et de pelletisation. Dans un autre contexte, développer le gisement de Gara Djebilet avec les ressources naturelles dont dispose l’Algérie, faciliterait l’adhésion de l’Algérie au sein du Brics et conditionne plusieurs données, notamment économiques.

Quel sont les impacts directs et indirects de cette exploitation minière sur les activités du complexe Sider El Hadjar à court, à moyen et long termes ?

Dans l’état actuel des choses et, avec une production annuelle qui n’arrive pas à dépasser le 1 million de tonnes, le complexe Sider El Hadjar a une autosuffisance en matière première à travers les gisements de Ouenza et Boukhadra, dont la qualité est excellente. Mais lorsque la deuxième phase du plan d’investissement sera enclenchée, la production du complexe devrait à terme dépasser les 2,4 millions de tonnes par an. Là, les mines de Ouenzaet Boukhadra ne seront plus en mesure de couvrir la demande du complexe qui devra trouver une autre source : d’où la nécessité de la mise en exploitation du gisement de Gara-Djebilet. La deuxième phase du plan d’investissement prévoit en outre, la réalisation des aciéries et réduction de pellettes et l’implantation d’une unité de réduction directe. Ainsi, à l’horizon 2025, le niveau de la demande d’acier en Algérie qui est actuellement de l’ordre de 4 à 4,5 millions de tonnes passera entre 9 et 12 millions de tonnes par an.

Pour ce méga projet, l’Algérie a opté pour un consortium chinois.

Quelles sont, selon vous, les raisons qui ont motivé ce choix ?

Ce n’est un secret pour personne que les Chinois sont des pionniers dans le domaine de l’exploitation minière. Aujourd’hui, la Chine se classe au premier rang mondial pour la production du charbon brut, d’acier, de dix métaux non ferreux et de ciment. En plus les excellentes relations entre les deux pays ont pesé favorablement pour la coopération dans le secteur minier, notamment dans la relance de ce méga projet.

L’estimation de la production du gisement de Gara Djebilet est évaluée de 3.5 milliards de tonnes. Vous affirmez que les capacités sont sous-évaluées. Pouvez-vous nous donner des explications ?

L’estimation de production de 3,5 milliards de tonnes du gisement est vieille de deux décennies. Elle a été faite sur la base de deux cents carottages pour prélever les filons. Donc, l’évaluation est ancienne. Il faudrait réévaluer. Avec les nouvelles technologies, le potentiel du gisement pourrait s’avérer nettement supérieur à ce qui a été réalisé il y a une vingtaine d’années.

Le mot de la fin, Monsieur Kouadria…

Pour conclure, je dirai qu’à l’époque Sider a réalisé des tests de réduction directe au gaz naturel qui ont démontré la bonne réductibilité du minerai de fer de Gara Djebilet. Il y’a de cela plusieurs années, des essais semi industriels (400 tonnes de minerai concassé) ont été réalisés par la société TENOVA sur des installations pilotes de réduction directe et de fusion au four et à arc électrique. Ces essais ont permis d’obtenir une éponge (DRI) acceptable et de produire de l’acier à faible teneur de phosphore (P 0,02%) à partir de cette éponge de fer, en évitant une opération de déphosphoration : insufflation de chaux, d’oxyde de fer, injection d’oxygène, décrassage intermédiaire de la scorie. En conclusion de ces essais, le minerai de fer de Gara Djebilet peut être considéré comme utilisable pour la production de l’acier. Le surcoût est de l’ordre de 15 à 20 dollars à la tonne durant l’opération de la déphosphoration. Le surcoût peut être amorti par le niveau du prix du gaz naturel et de l’électricité en Algérie.

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