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Drame de la prison de Oued Ghir (Bejaia) : pourquoi et comment ?

Par : Djamel Gaham, Spécialiste en espace clos

Habituellement, la législation en matière de santé et sécurité au travail s’écrit avec le sang des victimes. Cette contribution se veut une incitation du législateur algérien pour se pencher davantage sur les espaces clos.

Sans l’ombre d’un doute, légiférer est le premier pas à faire pour la protection et la sécurité des personnes. Mais avant toute chose, il convient de consacrer le premier paragraphe à une source d’information reprochable pour son mépris à la révision de ses textes.   

Vite un réviseur !

Le fragment d’information qui suit a pour source l’Agence Presse Service qui rapporte l’épouvantable évènement de la prison d’Oued Ghir : “Huit personnes sont mortes par suffocation, mercredi, dans une fosse sceptique, à la prison d’Oued Ghir, à 10 km à l’Ouest de Bejaïa, a appris l’APS de sources locales”.  Une fois de plus, l’A.P.S ne fait pas très attention aux fautes d’orthographes et ne cesse de bredouiller à ce sujet. Chez ce ‘’professionnel’’ on sent l’amateurisme qui compromet sa crédibilité aux yeux des lecteurs. Rappelons à toutes fins utiles que les termes septique et sceptique sont des homophones qui n’ont pas le même sens. En effet, une fosse d’égout est septique, pour y pénétrer sans y laisser sa peau, une approche sceptique s’impose. Pour faire court, une meilleure allure de l’A.P.S est conditionnée par la présence efficace d’un réviseur linguistique.

Version la plus plausible (le secouriste devient victime)

Dans son édition électronique du 1er avril, le quotidien El Watan relate ce qui suit : « Un jeune prisonnier a été chargé de nettoyer la fosse, profonde de quelque cinq mètres. C’est une opération ordinaire répétée tous les deux mois. Quelques minutes après avoir entamé son travail, le prisonnier est pris d’un malaise avant de s’évanouir, asphyxié par les gaz toxiques dégagés par les eaux.

En intervenant pour le secourir, un gardien subit le même sort tant les odeurs des eaux sont insupportables. Un collègue a donné l’alerte et les six autres gardiens qui sont descendus pour sauver les asphyxiés ont péri tour à tour». 

Du point de vue technique, c’est exactement ce qui se passe quand on accède à un espace clos présentant des dangers pour la vie et la santé sans avoir : la formation, l’entrainement, les équipements et la supervision. Une habitude malsaine et non-sécuritaire d’entretien d’un lieu très particulier (fosse septique) s’est installée dans cette prison conduisant à de terribles conséquences.

Se méfier de l’eau qui dort et des espaces clos

La fosse septique de la prison en question est typiquement un espace clos. Apparemment, cet espace ne dispose que d’une voie restreinte d’accès. Il y a des risques pour quiconque d’y pénétrer en raison de sa conception, de son atmosphère, du manque d’oxygène. Pire encore, c’est un milieu à risque infectieux, voire susceptible de contenir des rats d’égout.

Par temps de Covid, les eaux fécales sont significativement porteuses de virus (les références existent). Le fait d’expédier une personne, sans équipement de protection ni connaissance des risques pour s’affairer dans un espace clos est une décision criminelle en soi. Avec moins de 19,5% oxygène et en présence de gaz délétères au-delà du seuil admissible, il y a danger réel pour la vie et c’était le cas.

Lacunes évidentes et mesures administratives 

Le statut d’ouvrier ne s’applique pas à un détenu ni à un gardien de prison. Ces malheureuses victimes ont rendu l’âme dans la fosse en quelques minutes, ce qui signifie la présence d’une concentration létale de sulfure d’hydrogène : Minimalement 100 ppm, un danger immédiat pour la vie. Sur la photo en lien avec l’opération de sauvetage, le pompier sauveteur était raisonnablement équipé.

On se demande si la première victime était de même? On se demande également si la prison est équipée d’un détecteur de gaz pour ce genre d’intervention en espace clos ? Une chose est sûre : la prison doit engager une firme spécialisée en assainissement pour le nettoyage de la fosse septique. 

À défaut de cela, si l’intervention doit se faire à l’interne, des conditions s’appliquent comme, la formation des intervenants, un plan de prévention, un plan de sauvetage, des équipements de protection, un détecteur 4 gaz et un permis d’entrer dans les espaces clos.

Deux mesures administratives à mettre en place sans tarder : identifier tous les espaces clos et les cadenasser puis apposer des affiches de mise en garde. Quant à la tutelle elle doit faire preuve de rigueur et mettre les moyens qu’il faut car il n’est pas irrationnel de penser que derrière cet accident se cache une négligence. 

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